Quelle semaine mes aïeux, quelle semaine. Un nouvel amoureux, du boulot en cascade, et toujours les amis. C’est pour ça que je me retrouve seul, un samedi soir, et que ça va à peu près bien.
Vendredi soir, dure séance de sport, boue, pompes, pentes. Le temps de rentrer, de prendre une douche, faire des pommes de terre aux harengs, et lire le Monde Magazine que mon amoureux arrivait avec de la Leffe. Il me dit que je suis beau, et moi, tellement je le trouve beau, je n’ose pas le lui dire. On écoute Grace Jones, Joan Baez et Madonna. Il veut me voir danser, je n’ose pas danser devant lui, seul. J’ai de plus en plus peur de ne pas oser. Il rentre chez lui. Soit. C’est toujours un peu frustrant, mais pas si bête. Il ne se rend que plus désirable.
Le lendemain, avec ma nouvelle coloc, journée chez Ikea. Crevant. A 20h ma soeur, son mari et son fils viennent pour dîner. Nous rentrons à 19h30. Je me sens sale, je n’ai rien préparé et je n’ai même pas fait les courses. Dieu merci, Steph me téléphone à 18h30 en me demandant “ce que je fais ce soir”. Je la convie au repas. Parfaite, elle me propose immédiatement une idée de menu, fait le point sur les ingrédients et propose même d’en ramener. Ce sera soupe à l’oignon, poulet et légumes improvisés (c’est flou, et ça le restera, même au goût) et pâtisseries orientales. A 20h30 tout le monde arrive en même temps. Steph prend le repas en main et inaugure ma fabuleuse cocotte Le Creuset bleu marine. Tout le monde part et je vais rejoindre Jean-Gui au Tango. On passe la soirée avec le beau Fabien et sa copine Brigitte.
Dimanche, France-Irlande avec Elise. A la sortie du match, vent froid et pluie battante. Pas de parapluie, 40 minutes pour atteindre le RER. Avant de partir mon amoureux m’avait proposé une troisième mi-temps. J’ai évidemment accepté. Puis, en y repensant, lui propose de venir chez lui, où je ne me suis jamais rendu. Il vit à Versailles, au domicile familial, ça n’aide pas. Il avait l’air ravi que je lui propose. Donc, je rentre chez moi prendre une douche, me changer, préparer mes affaires à prendre pour le lendemain (costume et affaires de sport, j’avais l’impression de déménager), acheter de la Leffe - notre truc - et vite prendre le train pour Versailles. Dans le train j’étais assez excité de découvrir l’endroit où il vit. Ce petit trajet initiatique de 12 minutes entre Montparnasse et Versailles Chantiers était le bienvenu. Il m’attendait à la gare, puis une fois chez lui m’a préparé une purée de pommes de terre. J’adore ça. Mais j’avais peur qu’il me fasse la même purée que Thierry. La purée de Thierry, c’est la meilleure du monde. Une orgie de crème, et ces petits bouts de peau craquants. Je me souviens encore de Steph en train de me dire “Tu dis que tu vas le quitter, et hop, il va te faire de la purée, et tu vas rester.” Dieu merci, sa purée n’a rien à voir. Beaucoup plus ferme, sans crème et avec du Viandox. Lui a pris un boudin blanc, et moi une Morteau. Sur son chevet, le Journal d’un raté de Limonov. C’est moi qui lui en ai parlé, je suis content. Content, curieux et un peu nerveux. Ce sera notre première vraie nuit. Le lendemain matin, je nous ai trouvés beaux, cravatés en train de petit-déjeuner dans le vaste salon-salle à manger de la maison cossue. Tout ce que j’ai toujours rejeté pour mon avenir - la vie en couple dans une maison de banlieue - m’est soudain apparu excitant et agréable.
Lundi soir. Boue, pompes, pluie, vent. Mais la nuit précédente ma donné des ailes. Je me rends en vélib’ chez Steph, Madonna dans les oreilles, pour notre soirée Top Chef. Je prends une rapide douche et en me séchant, face au miroir, je me sens bien. Je me sens ferme, désirable, heureux. Steph nous fait de la raie au beurre et une purée de potimarron. A chaque fois que je mange de la raie, j’ai en tête Chambre 33 de Juliette Gréco, cette fois-là n’a pas fait exception.
Mardi soir, mon ami Gilles vient dîner à la maison. Dans le taxi, la veille, j’avais élaboré mon menu. Velouté d’épinards à la poire, lapin à la moutarde, cake au citron et au pavot bleu. Il doit arriver à 20h15, je commence à cuisiner à 19h30. Il faut être organisé. Je commence par le cake, il cuira. Puis le velouté, il refroidira sur le balcon. 20h début de préparation du lapin. Gilles est diablement ponctuel mais casse sa bouteille de Madiran dans le hall. Serpillère, seau, balai, bouts de verre et odeur de vinasse. Lapin sur le feu. Stress. Finalement, tout va bien. On passe une excellente soirée, mais au moment de m’endormir, je commence à sentir la fatigue qui s’accumule. Et demain, je suis de garde. 9h30 - 23h.
Mercredi, Dieu merci, une garde calme. Je mange à la Brasserie tout seul. Filet de canette laquée et tarte aux agrumes. Je rentre épuisé.
Jeudi. C’est son anniversaire. C’est toujours délicat en début de relation. Acheter un cadeau ? Un petit, un gros ? Je lui souhaite, on s’occupera du matériel ensuite. J’ai envie de lui offrir un gros, mais j’ai peur de faire un geste déplacé, démesuré, qui l’effraie. En attendant, journée marathon entre mes deux hôtels, expo Vuitton-Jacobs à l’heure de déjeuner, que je saute. Le soir, pot dans mon ancienne agence. Je suis heureux d’être invité à tous leurs pots. Comme d’habitude, à 22h, je suis déjà ivre de Champagne et danse dans mon ancien open-space sur du Bonnie Tyler.
Vendredi, affreusement fatigué. Je prends mes billets pour New-York, en mai. Je lui propose d’aller se mettre au vert ce week-end, Chantilly, Rambouillet, Fontainebleau, wherever he wants. Anniversaire en famille, il ne peut pas. Il me propose le soir même. J’avais prévu de rattraper Borgen sous la couette dès 20h30. Mais je ne peux rien lui refuser. Je lui propose le Glou, mon restaurant préféré. Je fais l’impasse sur le sport et rentre me changer, essayer de me faire beau, malgré la fatigue. On boit un verre rue des archives, il me dit que je suis beau, encore. Je n’y arrive pas. J’ai construit tout mon rapport aux garçons sur mon côté spirituel et jamais par rapport à mon physique. Dans sa perception, cela semble inversé. J’ai peur de lui plaire davantage physiquement. C’est absolument absurde. Je suis bien plus spirituel que beau. Mais bon, ça fait toujours plaisir. Surtout que lui est beau à crever. La preuve dans les minutes qui suivent : à côté de nous, au Glou, deux potes pédés trentenaires. Dix minutes après notre arrivée, l’un d’eux essaie de le prendre en photo discrètement. Malheureusement pour lui, avait avait oublié de désactiver le flash de son iPhone. Il prend la saucisse et l’aligot, je prends la pintade, diablement bien cuite. On marche un peu, puis on rentre chacun chez soi. J’ai envie d’aller beaucoup plus loin avec lui. Faut juste que j’arrête d’avoir peur.
Me voilà donc ce soir, seul, écoutant Nana Mouskouri en train de cuisiner un lapin aux poires (oui, j’ai quelques ingrédients phares en ce moment). Heureux !